Santé Publique : Le contrôle comptable des dépenses de santé, usine à gaz contre-productive

La politique de contrôle comptable des dépenses de santé devient une usine à gaz contre-productive.
Ainsi de cette pharmacie de Aivault, dans les Deux-Sèvres, qui s’est vue infligée une sanction par l’Assurance Maladie pour n’avoir pas délivré une proportion suffisante de médicaments génériques : Déconventionnement pendant un mois.
 
Conséquence pour l’officine :perte de chiffre d’affaires puisque le déconventionnement prive ses patients du tiers-payant. Or, les patients réguliers, habitués au tiers-payant, sont capables de changer d’officine pour ne pas faire l’avance du prix des médicaments, d’autant plus qu’il s’agit souvent de consommation récurente.

Les pharmaciens associés de l’officine envisagent de faire appel auprès du Tribunal des affaires sanitaires et sociales. Mais cet appel viendra après la bataille.

La faute de l’officine? Ne pas être parvenue à réaliser un ratio générique/non-générique de 60%. Mise en garde par la Caisse d’assurance maladie courant 2011, elle n’a pu réaliser que 50% au lieu des 60% fixés unilatéralement par la CPAM.

Côté CPAM, qui ne s’émeut pas de l’iniquité de la mesure, la décision est conforme à l’accord conventionnel sur le tiers-payant générique.
Selon Julien Bouchereau, responsable régulation-juridique de la CPAM des Deux Sèvres, et responsable du scandale, « Le taux de distribution de médicaments génériques dans l’officine incriminée se situe de 30 à 50% alors que la majorité de la profession dans le département affiche des taux compris entre 75 et 80 % ».

Le problème n’est évidemment pas la question du respect d’un objectif, mais de savoir si l’objectif est réaliste. Même si la moyenne de la profession se situe autour de 75% de générique (ce qui reste à prouver), il en est des patients comme des pommes : tous ne se ressemblent pas!

D’autant que, lorsque le médecin prescripteur inscrit « Non-substituable » sur la prescription, le pharmacien ne peut rien y faire.

Or, le choix générique/princeps a été remis en cause par les médecins en début 2012 sur plusieurs aspects:
– la qualité du médicament prescrit,
– l’utilité des adjuvants,
– le goût des génériques, qui modifie très fortement l’habitude de prise des patients, surtout âgés, et remet en cause la qualité des soins prodigués.

Selon la CPAM, un important mouvement de baisse de la consommation des génériques a été initié en 2012, portant le taux de consommation de génériques de 79% en 2010 à 72% en 2012.

Je ne trouve pas normal que ce mouvement de baisse soit imputé à tort aux pharmaciens, dès lors qu’il est essentiellement initié par les médecins, dans l’exercice de leur responsabilité professionnelle, dans le cadre du fameux colloque bilatéral entre le médecin et son patient.

 
Le choix de la prescription la plus adaptée au patient fait partie des obligations imposées au médecin par le Code de Déontologie. Il apparaît aujourd’hui ubuesque qu’une sanction puisse être imposée à un pharmacien parce qu’un médecin a respecté son engagement.
 
2kismokton?
Du professionnel de santé et du patient. Donc de vous. Et ce n’est pas fini!
 
(Article diapublié sur Viadéo, hub Santé Publique et droits privés http://www.viadeo.com/groups/?containerId=002157e2nb3zuh20)

Une réflexion au sujet de « Santé Publique : Le contrôle comptable des dépenses de santé, usine à gaz contre-productive »

  1. C’est en effet un problème qui agitent plusieurs pays. Les génériques font faire des économies à la Sécu cependant on peut douter parfois de leur efficacité en comparaison avec les originaux. Alors économie ou santé? Faut-il réellement choisi entre les 2….

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